La liberté en psychanalyse

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Colloque APF le 23 janvier 2016

La liberté en psychanalyse

Si « Je est un autre », selon le mot de Rimbaud, de quelle liberté le sujet dispose-t-il encore ? La psychanalyse, théorie et pratique de l’inconscient, confirme et renforce l’idée d’une altérité au cœur de la vie psychique.
Elle cultive le paradoxe de souligner le déterminisme qui préside à nos « choix » (qu’il s’agisse « d’aimer ou de travailler »), d’inviter, via le transfert, à la répétition et de se proposer comme une méthode guidée par l’espoir du changement psychique, celui de retrouver une part de liberté vis-à-vis de toutes les auto-entraves dont chacun « se plaît » à s’entourer.
La libre association, ce pilier de la méthode, condense à elle seule toute la complexité : d’un côté, l’appel fait à l’analysant de la plus extrême liberté, larguer les amarres du discours convenu, de l’autre côté, la conviction que l’incidence de l’association révèle la contrainte exercée par les processus inconscients et l’empire de l’infantile sur les vies adultes.
La liberté politique est réjouissante (pas pour tout le monde), la liberté psychique est bien souvent angoissante. Il est remarquable que ce qu’il est convenu d’appeler « libération sexuelle » n’ait diminué en rien la cohorte des symptômes associés à la vie de la sexualité, tant chez les hommes que chez les femmes.
Contre la tendance à répéter, notamment les expériences les plus négatives, parfois jusqu’à la compulsion de répétition, la psychanalyse nourrit la plus extrême des prétentions, celle de faciliter une liberté de désirer, de penser, voire d’être, autant dire de faire bouger les lignes les plus profondément tracées de la vie humaine. Ce faisant, elle ne se contente pas de chercher la liberté, elle contribue à sa conception. Loin de « l’involontaire » d’une psychologie de la conscience, l’inconscient n’est pas une circonstance atténuante. Refoulement, censure, résistance, défense, clivage, projection, déni, surmoi mais aussi pulsion… la plupart des maîtres-mots de la théorie disent plus la servitude que l’autonomie. Et pourtant, en élargissant considérablement le champ de la responsabilité, en installant au cœur du sujet la part psychique la plus inconciliable, la psychanalyse pourrait bien contribuer à un renouvellement de la notion de liberté. Qu’elle ait été et demeure insupportable à tous les totalitarismes, politiques ou religieux, est en soi une promesse.

Intervenants :
Bernard de La Gorce, Laurence Kahn, Michael Parsons

Discutants :
André Beetschen, Catherine Chabert, Patrick Merot

Colloque enregistré par CONGRES MINUTE

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